Proposition d’écriture :
Restituer à chaque voix sa tessiture, son paysage, son relief, son histoire, sa singularité, tous les territoires de la voix, la sienne et celle des autres, pour tracer notre autobiographie fragmentée, un autoportrait en voix à la fois drôle, vif et grave. Chaque voix appelant un souvenir, réveillant une image.
Voix off, Denis Podalydès, Mercure de France, Collection Traits et portraits, 2008.
La voix de Michel Bouquet ? « Un massif élevé, dentelé. » Celle d’Antoine Vitez ? « Un bois de bouleaux traversé de chevaux au galop. » Celle d’André Dussollier ? « Une campagne à la tombée du soir, bruissante, paisible, secrète. » Celle de Jacques Weber ? « Il y a de la rocaille, des herbes sèches, de la lande. L’excellence cul par terre. » Celle de Michael Lonsdale ? « Voix de thé, que l’on boit, même quand on ne l’écoute pas. »
Extraits :
« J’ai confié à ma voix le soin de me représenter tout entier. Pas même mes propres paroles. Les mots des autres me tiennent lieu de parfaite existence dans ce temps de la voix s’enregistrant, gravant, pour moi presque écrivant, où sans blesser quiconque, sans manquer à rien je n’y suis plus pour personne sinon pour ceux qui m’écoutent. Ils contribuent, par leur attention, leur protection silencieuse, à mieux me séparer des autres, et de moi. Je n’y suis plus pour personne. Je lis. La voix haute n’est pas si haute. Dans le medium. Je suis comme le bavard impénitent qui parle sauf que je lis, j’ai l’excuse de lire de merveilleuses pages de littérature, de la plus grande, je ne parle pas de moi, je ne bavarde pas, je transmets les beautés d’un style, je raconte une histoire, je fais vivre des personnages de papier, j’avance dans un récit, une forêt dans laquelle je taille ma route à coup d’accents, d’inflexions, de vitesses, de ralentissements, de changements de registre, de sons. Mais lisant, je sais que je parle, que c’est de moi dont il s’agit. »
« Voix de la télévision
Voix de Léon Zitrone, voix de Fernand Raybaud, voix de Roger Gicquel, de Roger Lanzac, de Guy Lux, de Danièle Gilbert.
Voix disparue dans la voix des autres : Thierry Le Luron, les imitateurs. Voix de thierry Roland, de Bernard Père, de Robert Chapatte, emmêlement de voix, voix de télévisions selon les heures, selon les jours, voix des chanteurs de variétés, Sacha Distel, Nicoletta, Stone et Charden, Petula Clark, Gérard Lenorman. Plein gosier rose et luisant. Leur langue brille et frétille dans la gorge vibrante, entre deux rangées de dents blanches jusqu’à l’éblouissement. L’éclat des projecteurs, les couleurs criardes, les flonflons d’un orchestre tapageur associent pour longtemps, la laideur à la notion même de la télévision. nous regardons avidement. »
Présentation de l’auteur :
Denis Podalydès est un acteur, réalisateur, metteur en scène et scénariste français né le 22 avril 1963 à Versailles. Après des études de philosophie et de lettres (hypokhâgne et khâgne) au lycée Fénelon notamment aux côtés de son ami Emmanuel Bourdieu, futur cinéaste fils du sociologue Pierre Bourdieu, il entre au Conservatoire puis à la Comédie-Française en 1997, et il en est devenu sociétaire en 2000. Il a tourné dans de nombreux films au cinéma et pour la télévision et joué de nombreuses pièces de théâtre. Fiche de présentation complète sur Wikipédia.
Il a publié plusieurs ouvrages : Dieu seul me voit, roman, Gallimard Jeunesse, 1998. La Boîte vocale d’Alex Buchard, roman, Éditions Séguier, 2006. Scènes de la vie d’acteur, Éditions du Seuil, 2006. Voix off, livre CD, Mercure De France, 2008.
Liens :
La page du site de l’éditeur de Denis Podalydès Mercure de France
Un livre un jour : Denis Podalydès présente Voix off sur France 3
Article de Télérama n° 3063 - 27 septembre 2008 écrit par Marine Landrot