Proposition d’écriture :
Acheter un carnet et s’attacher à décrire une situation, un mouvement inscrit dans l’espace et le temps, par exemple en suivant des inconnus dans la rue, à leur insu, en notant leurs déplacements, pour le plaisir de les suivre et non parce qu’ils nous intéressent particulièrement. Une recherche suscitée par le désir où le point de vue fixe le jeu, l’aventure et non le simple récit de la filature. Un puzzle à recomposer afin d’en recréer l’unité, traduire l’interrogation de décrire un événement en le suivant à distance, et la cohérence de cet imposant work in progress. Un art de la situation.
« Il y a des écritures dont l’opacité est mobile de fiction, écrit Guillaume Fayard, par chimie endorphinienne et beau paralogisme. David Christoffel articule une parole de politologue des humeurs dansées, à reprendre des faits en tonalités morales affectivo-pensées, élans harmoniques sur des penchants à la glose dont la jovialité, la musique, le rythme, toujours étonnent. On pourrait aussi parler de greffe de chantabilités à prises rapides sur une langue journalistique, de hantabilités qui s’effondrent les unes dans les autres, bavardées tenues... La prose coupée de D.C. (Direct Current ?) surfe sur la vague d’une positivité presque foncière qui est la manifestation d’une tournure d’esprit, d’une motilité intérieure (mais traversée par le négatif). D.C. ressemble plus à son écriture que la plupart des poètes qu’il m’a été donné de rencontrer ; on a l’impression de l’entendre sur la page, tonifiant la lecture par une adresse (dextérité et interpellation du lecteur) qui est un de ses traits spécifiques, focalisée à hauteur de ce qu’elle peut constamment nous surprendre – comme dans la danse c’est le déséquilibre qui suscite la production de sens, la narration, et l’émotion. »
Extrait :
« Feuillet 1
1 heure
Nocturne en signature
indique sa pré-écriture
je reçois du construit, c’est
du préparé qui là apparaît.
Entendu (ou sournoisement sinon si-
élégamment), le tract en appelle.
P.A. revient bien à la ville, avec
de nouvelles amertumes, et des
blessures laissées là / pour
attirail poétique / venir écouter le
texte semble une vérification / tenir
toute la nuit fait planer : de
l’ambition /rendre le texte à
7 heure annonce, excite la précision,
motive : de l’avancée.
Feuillet 2
l’interception de l’appel, ma
première, avait des thématiques,
s’y remettait, y revenait, s’y
plombait : écrasant, en éprouvant
la nécessité : les espoirs connus
désespérés, excitants cependant, du
protocole : un appel à l’heure,
peut-être plusieurs.
Il a parlé de flux, contrarié le
dimanche, organisé pour le
contrarié. J’agis donc en journaliste,
me demandant si ma station
scribouillarde devant la cabine
ne fait pas : empêchement de tout-venant,
décrochant
les appels.
P.A. m’est trop peu incon connu
juste assez peu connu (=juste assez) »
Traité du délassement, David Christoffel, Éditions revue Hapax, 2007.
Présentation de l’auteur :
Né en 1976 à Tours, vit à Clichy. Auteur d’opéras parlés, tels que La flûte dite enchantée (1997), Le Déchante-Merdier (1999), ou Les Heureux alibis au label Signatures / Radio France (2005), David Christoffel s’intéresse aux rapports entre la poésie et la musique. Il développe des activités de radio, de composition, de poésie au lycée, de clarinette, de spam, de colloques internationaux, d’enseignement en prison, de soirées électorales, de critiques et recensions, de musique de film, de concerts de flûte à bec en maison de retraite... Chroniqueur pour la Banque de programmes de Radio France, ses poèmes intègrent régulièrement des paroles, des éléments radiophoniques.
Liens :
Le site de David Christoffel
Critique de Guillaume Fayard sur Sitaudis