Proposition d’écriture :
Ecrire un monologue qui s’amuse avec la langue, la déplie et la déploie, noue avec l’expérience sensible, l’interprète à la manière du musicien à mesure qu’il s’emballe, casse ses rythmes, à toute vitesse les varie, puis les syncope doucement, dans un décalage permanent, le déséquilibre toujours affleurant, jusqu’à nommer ses accentuations, sa stéréophonie plastique. Chercher sa voix, une forme de réponse à la question : quelle histoire se raconter ?
Ce livre est présenté comme un cabaret phonologique. Il embrasse littéralement le lecteur par amour de la langue et des langues, de la multiplicité des accents ou au contraire de leur absolue neutralité, de la sonorité improvisée des mots qu’il en ressort.
« Je ne sais pas quand je comprends,/ mais ça fait passer le présent comme un/ courant désaimanté dans ma voix // comment on passe d’une chose à/ une autre. »
Extraits :
« Je vous prononce n’importe
quel mot
pour savoir s’il est prononçable
(à vrai dire presque seulement
pour ça/cette évidence que
personne ne pense jamais à
vérifier, des fois qu’un jour le
phénomène cesserait)
et je me fais disparaître avec
lui
c’est à ça que je passe mon
temps/à rien d’autre qu’à
disparaître en même temps
que je prononce les mots
« disparaître »
« apparaître »
« enfiler la combinaison fluotactiles »
au moment qu’il y a à être
embrassée
(puisque embrasser suppose la
nécessité du moment
pas l’inverse, pas le moment la
nécessité du baiser)
dans le noir torrentiel
torrent/dans le courant noir
produit
to be kissed to be dead to be
burned
je tiens des rôles de
décomposition
et vous parle (en dernière
analyse de derrière la barrière
de corail
ça me fait la voix hyperchangeante
hyper-instable
hyper-inutile
et qui rutile dans vos oreilles
(comme si vous l’écoutiez les
yeux plongés dans un liquide
dont on filme le scintillement
au super-zoom
-pastilles éthérées-diluviennes,
surplace-)
et le corps avec des jambes de
sirènes
(évidemment que vous ne le
croyez pas
quand on embrasse au
moment de la décision
ça n’est pas plus l’un que
l’autre
qui décide quoi que ce soit à la
voix qu’il va ne plus avoir/c’est
encore une voix, la preuve on
en a déterré la statuette
je suis une grande actrice
dès que je lâche l’idée,
l’image des radiateurs tombe
allez reprends une gorgée
de philtre express avec moi (dis-moi
enfin ton vrai nom de prononciation/et
appelle-moi par mon nom de réaction
le plus/vif et retourné/qu’on ne se rate
plus de part et d’autre de l’écran de baie
vitrée analogique/où luit la
dénomination du ciel/qu’on s’endorme
/s’informe
en un seul corps
- spooned -
à l’intérieur du caisson bio-entoptique
Je suis une grande Actriste, Cécile Mainardi, Éditions de l’Attente / association Cuisines de l’Immédiat, 2006.
Présentation de l’auteur :
Cécile Mainardi est née dans la région parisienne où elle a passé son enfance et son adolescence, un œil néanmoins toujours tournée vers le sud, l’horizon italien... Après de brèves années d’enseignement dans la région de Nice, un livre chez Jean-Michel Rabaté et François Dominique l’emmène à Rome à la Villa Médicis, elle y passe six années. De retour en France, elle se réinstalle dans le sud, où sa fréquentation des artistes modèle sans nul doute son inventivité et son rapport à l’écriture.
Elle a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels : L’Armature de Phèdre, éditions Contre-Pied, 1997. La forêt de Porphyre, éditions Ulysse Fin de Siècle, 1998. La blondeur, éditions Contre-Pied, 2004. La Blondeur, les Petits Matins, Paris, 2006. Je suis une grande Actriste, l’Attente, 2006. L’eau super-liquide (à paraître en 2007).
Liens :
Présentation de Cécile Mainardi sur le site de l’Association Autres et Pareils
Un inédit d’Edith Azam sur le site de la revue 22 montée des poètes