Le projet consiste en une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique via Twitter.
On peut suivre en ligne le récit s’écrire en temps réel, en suivant cette liste sur Twitter :
Ateliers Sciences Po
Séance n° 8 :
Dans le mouvement déambulatoire de la marche, décrire ce que l’on voit, ce que l’on perçoit, le flot des passants, la foule des mots courant sous le flux des images, la ville défilant sous nos yeux par à-coups, brusques déplacements en fragments décousus, dans ce décor discontinu, une suite d’émotions, d’échos fugitifs, et de corps fuyants. Et dans cette avancée, ce que l’on sait d’avance, saisis d’office, dans un même temps ce que l’on ressent, pensées et situations parallèles, ce qui me regarde en paysages simultanés.
Guillaume Fayard, Sombre les détails, Le Quartanier, 2005.
Adam Chour
Boucan ténébreux, vacarme indistinct. La ville, ses sons, ses bruits, ses notes. Mélodie assourdissante qu’on finit par ne plus entendre. Défilement de voitures. Déroulement de couleurs. Enchainement d’odeurs. Et puis des visages, des postures, des allures, des styles, des démarches. Du charme et du dégout. La ville, ses amis, ses amants, ses amours. Intrigues extravagantes que l’on ignorera à jamais.
Virage à droite. Vitrines alléchantes, bitume écœurant. Terrasse, détente, stress, impatience. Le café de bon matin, l’or noir du citadin. Tabac à profusion. Pollution dans l’horizon.
Demi-tour. Bâtiments vétustes. Histoires anciennes, chroniques nouvelles. Bavardages incessants. Jacassements, jacasseries. La ville, quelle connerie !
Sensations fugaces, jouissances ponctuelles, empressement infini. La ville, c’est l’historie en marche. Dynamique infernale. Dynamique addictive. La ville est vide, la ville est dense. Retour à la contemplation. Les fenêtres, les réverbères, les bouches de métros… Séduit, conquis, je plonge et je me noie.
Constance Fauquenot
Marche tranquille :
Soleil éblouissant. Une masse sombre d’immeubles face à des blocs de pierres claires. Un contraste délimité par des voitures pressées. Voitures noires ou grises, de préférence. Feux alternants, flot continu. Bousculades entre piétons. Des publicités joyeuses se moquent de l’agacement général. Un piéton traverse au rouge. Symphonie de klaxons. L’architecture régulière dénote au milieu de la jungle urbaine. Et inversement. Même spectacle dans les rues voisines. D’autres voitures, d’autres personnes. Mêmes comportements. Maladie urbaine ? Un enfant tombe, sa mère le relève. Les voitures se doublent pour gagner quelques secondes. Les piétons aussi. Touristes amusés, Parisiens agacés. Spectacle continu et inchangé.
Marche rapide :
Soleil éblouissant. Masses sombres, pierres claires. Voitures pressées. Noires ou grises, de préférence. Feux alternants, flot continu. Bousculades entre piétons. Publicités joyeuses, agacement général. Piéton au rouge. Klaxons. Architecture régulière au milieu de la jungle urbaine. Et inversement. Même spectacle dans les rues voisines. D’autres voitures, d’autres personnes. Mêmes comportements. Maladie urbaine ? Un enfant tombe, sa mère le relève. Les voitures gagnent quelques secondes. Les piétons aussi. Touristes amusés, Parisiens agacés. Spectacle continu et inchangé.

Mathieu Grasse
Croiser sa voisine de bon matin un instant dramatique
Quelle hideuse tenue, une habitude ?
Un assemblage de couleur des plus pitoyables, une tenue des plus pittoresques et désagréable
Son chien agressif ne m’attaquera pas
Mieux vaut poursuivre ma route et accélérer le pas
Charmant véhicule inspiration liberté, rutilation du désir
Les arbres et leurs multiples et non moins exotiques essences me mettent en joie
Les massifs de fleurs arc-en-ciel transmettant le bonheur ultime
Contrastant avec ce consensus de médiocrité amenant à la haine
Un café d’apparence romaine, une terrasse bondée, nul doute la belle saison approche à grand pas
Le chemin jusqu’au bureau est un long chemin, une lutte, impossible de céder
Les immeubles bourgeois défilent ; en pierre de taille leurs balcons sont occupés en cette douce matinée.
La toiture ardoisée dégage la chaleur de l’astre.
Prendre le temps d’admirer les ornements sculptés à la couleur dorée.
Après ces quelques instants d’admiration, le pavé, face à moi une foule dense se dresse.
Un début de journée classique en quelque sorte,guère d’attention pour mon environnement.
Un regard, un instant, un bouleversement. Serais-je donc en pleine illusion ?
Comment est-ce possible ?
Dans cette masse, ces centaines d’individus, ce ne peut être elle. Un moment singulier s’offre à moi. Tache à moi de le savourer pleinement.
Loan Santiago
Moelleux, confortable. Ailleurs on s’y assoupirait.
Frein. Accélérateur. Frein Accélérateur. Toutes sortes de carrosseries, de couleurs, de marques. Qu’importe. Lassitude. Le sommeil guette. Vigilance pourtant. Deux barrières de pierre sur les cotés. Trop lentement.
Feu rouge après feu rouge.
Marre.
Les terrasses des cafés bondées. Temps beau mais frais. De l’avant, enfin. Boulevards, immenses et beaux, à pied. Interminables et détestables dans cet habitacle pourtant climatisé.
« Tourne là ! »
Toute petite rue du 14e. Encadrée par deux établissements scolaires. Pas une heure de sortie de cours.
« Ça ira plus vite. »
Le cimetière Montparnasse, ses murs. Rêve. Balade entre les tombes. Il y a longtemps déjà.
Marre encore, une erreur. On tourne en rond. La gare est à nouveau devant nous, avec ses embouteillages. La bonne direction c’est le Sud-Est pourtant.
« Comment ça c’est de ma faute ? »
Très bien, sommeil. Pas au rendez-vous cette fois. Un restaurant italien. Vision fugace. Souvenirs. Premiers baisers avec cette fille. Sourire. La Seine est déjà bien loin. Circulation plus fluide. Rues plus accueillantes, moins bondées, l’air petit village. Amour pour ce quartier, entre Plaisance et Denfert. Non, aucune idée de la direction à prendre. Mensonge.
« À droite ! »
Coup de frein. Sourire en coin. Désolé…
Porte d’Orléans. Retour aux sources enfin en vue.

Côme Dartiguenave
Routine. Vitesse, même pas cadencé, trajet monotone, expériences sensuelles. Ombre et humidité, fraicheur et timidité. Sueur des trottoirs, gémissements du goudron. Avancée. Soudaine lumière. Scintillement de la fontaine saint Michel, éclat de la Seine au soleil.
Rue Saint-André-des-Arts, nouvelles sensations. Agitation touristique, bousculades. Multiculturalisme. Odeur des paninis, hurlements des vendeurs de kebabs, rires des enfants, conversation étrangère, oui ; une bien curieuse atmosphère. Approche de la rue Suger. Fumée, insultes, musique : l’adolescence envahit le trottoir. Bruit assourdissant d’un pot d’échappement. De l’espace, du bruit, de la vie. Boulevard Saint Germain : contraste entre opulence des uns et misère criante des autres. Symbole de l’inégalité et de la pluralité. Fresque humaine, tableau d’une société. Primauté de la symétrie, sensation de ridicule face au théâtre. Quiétude, soulagement, temps d’une pause. Ennui de la course sempiternelle.
Khadijah-Marie Felvia
Déambulation dans l’avenue. L’euphorie. La discothèque. Destination attrayante. Derrière, l’hôtel. A droite, une haie. Mais que cache-t-elle ? A gauche, un pont. Au loin le faste, ici la banlieue. Les numéros. Aux arbres, le béton. Lilliputien, géant, toutes les tailles. Sombre, le mot d’ordre. Première rencontre : peu égayante. La marche. Tantôt lente, tantôt hâtée. Ivresse : rythme difficilement soutenu. Devant, un groupe. Bouteilles de vin à la main, c’est la fête. La rue pavée, leur terrain de jeu. La sortie d’une finale de Champions league ? Vacarme incessant, le chant des supporters. Avançons. Concert de claquettes sur le trottoir. Vouloir s’assoir. Point d’arrêt possible. Une sortie de cinéma. Une grande bâtisse blanche. Lumières rosées à l’entrée. Adieu froid, bonjour chaleur. La soirée tant espérée vient enfin de commencer.
Quentin Corzani
Je sors du métro. Défilement de marche. Faire attention à ne pas en louper une. Le bas d’un grand manteau entre dans mon champ de vision. Puis une succession de jambes. Pantalon de costard, de survêtement à pince, des jupes etc. Me voilà en haut de l’escalier. Le logo de la BNP adossé à un bâtiment Haussmannien m’apparait. Je longe les barrières vertes délimitant le trottoir et la route. La rue d’en face. Un café, les voitures arrêtées au feu rouge. A droite rien. A ma gauche la boutique de Cartier. J’attends maintenant au passage piéton. Je profite de la tour Montparnasse où des étages sont allumés dans l’aurore. Une mélancolie m’envahie. Un monoprix en face de moi. Devant une SDF avec de nombreux petits chiots. Mon attention se tourne vers le feu pour piéton. Une femme traverse, il passe au vert. Je tourne et avance sur le boulevard Saint Germain. Les deux magots et le café de flore de l’autre côté. Une brasserie Lipp à ma gauche. Une vieille dame et son café. Un hôtel d’où sort un couple âgé avec des bagages qui se dirige vers un taxi me passe devant. Sur le côté droit je vois l’Ipag. Une librairie de géographie. Un parc. Le Ralph Lauren n’est pas loin. Le sol mouillé. Des chauffeurs attendent. Je continue mon trajet. Une rue transversale. Des voitures me passent devant. Je repars les boutiques défilent. Les passants ne sont qu’un enchainement d’humains, flou. Les voitures me semblent aller à toute allure du coin de l’œil. J’emprunte le trottoir de gauche. Je regarde bien devant moi. Il est étroit. Je fais attention aux autres passants. J’esquive les rétroviseurs. Fais attention aux vélos. Enfin me périple se termine. Me voilà à Sciences Po.

Hadrian Lafond
Je marche. Je regarde. Je contemple la Seine. Le soleil brille. Je suis heureux. Je rêve. Les bateaux glissent sur l’eau. Vent faible. Température 20°C. Que demander de plus ? A oui, un cocktail. Un cocktail sur une terrasse. Je me détourne du fleuve. Je traverse la rue. J’avance, j’avance. Je cherche un bon café. A oui, ça y est ! Je m’assois. Je ferme les yeux. Un serveur arrive. « Que voulez-vous ? ». « Un cocktail au fruit ». Je contemple le ciel. Les oiseaux chantent. Je finis mon verre. Je me lève. Je fixe mes yeux sur…
J’aime Paris. On ne s’ennuie jamais ici. Il y a toujours quelque chose... Une nouvelle boutique. Un nouveau musée. Un bâtiment en constr’. L’été, on peut flâner dans un parc. Ah oui, les parcs… C’est toujours un plaisir d’y être. Je traverse le boulevard Saint-G’. Je croise ma banque : la Caisse d’Epargne. Ça me rappelle ma région d’origine. Mon petit village dans le beaujolais. Mais la ville est une chance. On peut tout y faire ! Surtout à Paris ! Déménager ? Ah non ! Pour quoi faire ? Bon, cessons les pensées inutiles.
J’évite les voitures. Je traverse des boulevards. Des rues. J’attends aux feux rouges. Je traverse aux feux verts. Des Monop’, des Franprix... Bref la société de consommation. Je croise un McDonald’s. J’ai faim. Ça tombe bien ! Le temple de la mal bouffe. J’hésite. Je rentre. Trop tard, j’y suis déjà. Malheurs ! J’ai subi à la tentation. Mon estomac a gagné.
Christina Venard
Départ de ma résidence. Monde urbain. Je déambule dans la rue. Passe devant les vitrines que je regarde à peine. 112, 114, 116. Les numéros des maisons défilent. Rythme effréné. Une voiture manque de me renverser. Ma faute. J’avais traversé au feu rouge. Remarque du conducteur avec un élégant « Mais vous pouvez pas... ». Risque. Mais pas à ce point-là. Je reprends le cours de mon périple. Rues interminables. J’aurais dû prendre le métro. Le soleil me poursuit. Descendre les marches qui me mènent vers un sublime endroit verdoyant. Un avion. Le voyage. La liberté. Ces mots me semblent identiques. Traversée du jardin. Individus en quête de quiétude. Les enfants jouent. Leurs parents les surveillent. Ou bien l’inverse. Qu’importe. L’ivresse de la liberté. La liberté de l’ivresse. A peine sortie, couple de touristes. Des Argentins. J’attends de connaître leur direction pour pouvoir la leur indiquer. Recherche d’un restaurant. De haute gastronomie sans doute. Pas du tout. Un fast-food parisien. Ok je vois. Direction de ce temple de la gastronomie moderne le plus proche. « Gracias Madame ». Je viens de prendre dix ans.

Sophia Kissa
Le printemps est de retour. Le soleil aussi. Je marche, encore et toujours. La chaleur qui émane du soleil est comme balayée par un vent frais. J’erre dans les rues sans but précis. La musique rythme cette ballade. Ma cadence s’adapte à chaque tempo, comme un automatisme. Mon regard scrute tout ce que je croise. Les rues sont pleines de monde. Ces gens sont certainement motivés par le retour du soleil. Certains sont pressés et d’autres flânent, comme moi, dans les rues de Paris. Je tente de me frayer un chemin dans cette masse. Je coupe ma musique. J’entends à présent des rires, des bribes de conversations, des gens qui râlent et j’en passe. Les voitures se succèdent également sur ce grand boulevard. Elles défilent. Certains klaxonnent face à des automobilistes imprudents. Le tout forme un bruit particulier, que je ne saurai qualifier. Les terrasses sont pleines. Je regarde en haut. J’aperçois le haut des immeubles et toutes ces fenêtres. Le contraste est saisissant. En bas la ville est entrainée dans un mouvement perpétuel, qui semble ne jamais pouvoir s’arrêter. En haut les fenêtres sont closes, beaucoup de rideaux son tirés. Je n’arrive pas à percevoir ou à ressentir une quelconque émotion. Rien hors-mis la beauté de l’immeuble. Il semble majestueux. Une série d’arbre est planté devant lui de sorte qu’ils en atténuent la beauté. Je reprend ma route. Un bal de couleur s’offre à moi. Le ciel, les enseignes des boutiques, les immeubles, les arbres, les bancs et bien d’autres encore. Rien ne s’accorde. Pourtant tout va si bien ensemble. Cela représente parfaitement ce qui anime cette rue. Une masse de personnes toutes aussi différentes les unes que les autres.
Andréas Dieryck
Devant moi, des pas s’accélèrent. J’emboîte le pas. Droite, gauche, et s’avance toujours en éclaireur l’inconnue. C’est un femme, la trentaine, je crois.
Discrètement, je la suis. Rue Lamarck, elle m’emmène inconsciemment vers le métro et cette perspective m’amuse. Des jeunes se divertissent, et moi je cours, pour ne pas perdre de vue mon horizon.
Vingt et une minutes, et nous voilà, à l’Hôtel de ville. Pourfendant les foules asphyxiantes, mon guide se dirige vers Saint Louis. Remontant la Seine des yeux, je peux m’y noyer du regard. Trois secondes d’inattentions, et Madame, par un son discontinu de talon, m’avertit involontairement de son hésitation : je flâne, m’intéresse aux bouquinistes. Elle se retourne, regarde, me regarde, regarde les autres. J’aurai pu - comme dans la Seine - me noyer dans son regard. Mais l’impératif de sécurité m’obligeait à ne plonger nulle part - pour le moment.
Elle repart, je reste. 1, 2, 3. C’est reparti. Trois/quatre touristes entre Madame et moi. Une cigarette pour décompresser. Saint Louis au soleil. Mon horizon y jette son dévolue.
Où me mène-t-elle ? Bientôt, des passants immobiles ou trop pressés commencent à nous heurter.
Cité : une passerelle incertaine, et toujours ses pas, un à un, si bien rangé. Deux appels, un regard vers Notre-dame, elle ignore l’île et va se réfugier sur le continent.
Hautaine, dédaigneuse, tandis que des passants ne semble avoir d’yeux que pour elle, je m’insatisfait de mon rôle de poursuivant.
Saint-Michel : petites ruelles, bon choix. Avant d’entrer, je marque le pas ; une cigarette, une allumette. Et vient une jeune femme, la jeune femme ; que veut-elle ? Angoissé, je regarde les immeubles, tire sur ma cigarette, tente de l’oublier. En vain, la voici : une allumette, deux mots, trois regards, quatre sourires. Et je fuis, je pars, la laisse. Me suit-elle ?