La revue de création d’ici là a été invité au dernier Salon de la revue, le 15 octobre 2011 à proposer une intervention à double détente :
Un atelier professionnel animé par Joachim Séné, auteur, participant régulièrement à la revue depuis sa création, destiné aux exposants, aux bibliothécaires pour découvrir le mode de création et de publication de la revue.
Une lecture de textes par Anne Savelli et une présentation multimédia de la revue pour présenter la variété et l’originalité de ses formes.
À la suite de la lecture d’une sélection de textes pour cette présentation de la revue d’ici là diffusée sur Publie.net, Anne Savelli a enregistré ces lectures que je diffuse ici aujourd’hui.
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NUMÉRO 1 : Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves //
HIVER 2008. Mise en ligne le 21/12/2008. 36 auteurs / 90 pages
Michel Brosseau
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NUMÉRO 2 : Mystérieux travail d’un écart qui s’imprime //
PRINTEMPS 2009. Mise en ligne le 21/03/2009. 41 auteurs / 120 pages
Claude Favre
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beaucoup de lièvres poétiques, erreurs et souvenirs, merci à demain, bonjour tout est à vendre, expérimentations, menteries non réclamées, coups bas, sirènes, ombres, toujours la vie ça, râcle et ça recommence, mégots d’espoir qui encrassent, peaux, empâtent, et caille des souvenirs, qui fois de, nous arrangent parfois rages, qui marnent, pagaille toujours la vie ça, et détours soupçonneux, et combien danses départs, la qualité de l’air, cendres, tourne tourne sous la forêt, on se dit c’est différent, et les ombres, ça tourne tourne la tête la vie ne va jamais
sans détours, comme quoi un mot c’est un galop, à parler commencer à, tout est possible commencer de, quoique trous, et chutes, le silence a toutes ses couleurs, la tête tête tourne, comme quoi, ça rien, que de parler, bouche complice, aussi comme dans les poèmes soupçonneux, faire son amas, troupe lever, un drôle de mix, dérives, et ça continue la vie toujours c’est fou, comme un galop, qu’à l’envers à l’endroit, mais d’affronts, comme quoi il arrive alors que la vie, ça de travers ça colle aux basques, alors commencer de
un souvenir c’est de parler, toujours la vie la vie ça alors, rage, ça tourne plein les oreilles, invité, à râler vieux samouraï, souffles et craches, c’est l’envers qui se prononce, drôle de mix, ça macère, et détails, et légendes qui se fabriquent, et zoom ça tourne tourne, comme exact mais rien que de le dire pagaille, à l’envers arraché à l’endroit, et les couleurs, cendres qui tournent, la tête à l’envers ça c’est drôle, comme un dépouillement, quelques sueurs, et le monde entier qui tourne, c’est fou, tout d’un coup faim la faim, alors commencer, mais pas seul, allié de langue la bien pendue, drôle des fois, feuillue, le saut dans le vide
un mot j’ai commencé d’étourdissements il arrive que ça, démange un mot mon amour il arrive qu’à parler, ça donne sur la mort, ce n’est pas rien commencer, par trop de culbutes, et totems je me joue certains jours à l’envers si vous saviez la langue, la langue nouant le corps, le corps étrange de l’intérieur qu’interpréter, qu’à moitié mais d’alertes je me joue je brouille, les cartes à l’orée de la langue de l’effroi je suis née, protéiforme, arrachée me raconte d’alertes c’est pas dit
c’est pas dit, long le chemin il arrive d’enfers qu’interpréter, surgir, et soifs et bedaines, certains jours à l’endroit de la langue je me rends, hospitalière, sauvée, des tempêtes si vous saviez certains jours, d’un mot à l’envers, à la renverse, étourdie, je me brouille bruisse, ça palpite la vie comme ça, on peut écrire comme ça, mais pagaille, étourdissements, lièvres en débandade
c’est pas dit, de traduire c’est pas dit, mais d’extension débandades, d’apercevoir ce n’est pas rien, et des fois pavanes, surprises des fois, et des fois gambades, et dépouilles, ça fait toute une histoire, assombrie, ça colle aux basques, l’effroi, certains soirs ce sont des riens, vous comprenez mon amour, ce qui palpite, de parler, de parler commencer à, de parler commencer, on ne sait quoi, on ne sait quoi des dépouilles, faire quoi, sinon traduire à l’envers à l’endroit, en dérives et drôles des fois, vous auriez sûrement souri, comme quoi
d’éblouissements il arrive quand on ne sait pas, il arrive à entendre, on allait le jour à traduire, on allait la nuit à craindre le jour on craignait les tours de magie, perdu, dégringolé, peut-être qu’on n’existe pas, ça tourne les heures les heures ça tourne, nous arrange ça débande, aveuglé, pas drôle des fois, d’envies faire tant pagaille, des fois boules, ça tourne, matins bonjour, matins traduire, encore et déjà, qui noue le corps la langue ça tourne, et quelquefois pire, qu’il m’en souvienne
mon amour ça recommence toujours, dans le feu de l’oeil, blessé de faire en sorte, les souvenirs et leurs galops d’affronts, et l’oreille, un drôle de mix, pas rien d’un mot, et tant imaginer, de langues limoneuses, imaginer, tout est possible, ça crispe serre contracte resserre, avoir vingt ans, et souffles et craches, trente quarante cinquante cent, merci beaucoup, où est-ce que j’en suis, recommencer, et les émois, les étourdissements, les songes les cendres et les pagailles, recommencer
de rires fous, à n’en pouvoir parler, rien parler à dire, jamais commencer de, oser commencer à, c’est trop de souvenirs, folle c’est comme le souvenir, nos coeurs lièvres, navrés, dépouillés, que dire des ombres, des bosses, saillies, troupe lever, la vie alors ça, voilée, étourdie, petites lunes, comme dans les poèmes soupçonneux, mais la vie vie d’aventure l’ivresse, d’affronts parler, l’ivresse, tout de travers ça, et caille des pleurs, on en dit trop, rages parfois, de parler rages tout le temps, mais parler parler comme vie c’est, éblouissant, pan plein coeur, alors ça
Anne-Marie Garat (extrait de Hongrie, paru chez Actes Sud)
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NUMÉRO 3 : La musique savante manque à notre désir //
PRINTEMPS 2009. Mise en ligne le 21/03/2009. 41 auteurs / 120 pages
Jérôme Orsoni, Acouphénoménologie
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Pire que la haine de la musique — qui provient de la surabondance de la musique, de la surpopulation de l’environnement par la musique (Pascal Quignard, La haine de la musique, pp. 198-199) —, il y a la peur de l’absence de muzak. La peur de l’absence de parasites, la peur que l’on puisse s’entendre au restaurant, la peur que l’on puisse penser dans un magasin ou dans une grande surface, la peur que l’on puisse observer sereinement la rue depuis un café, la peur peut-être que nous ayons à décider quels sont les espaces qui doivent rester vierges de musique et les autres.
Cette peur, ce ne sont pas tant les sociétés qui la font régner comme un instrument de maximisation de notre bien-être et de contrôle de notre consommation que nous-mêmes qui la ressentons — nous sommes parvenus à un tel niveau de dressage que, dans la plus grande majorité des cas, nous nous contrôlons nous-mêmes — à chaque instant que cesse la muzak
Même si la muzak a été inventée pour cela (par la Muzak Inc. dans les années 1930), elle s’est propagée hors du cadre de cet usage et se diffuse aujourd’hui sous la forme de listes de lecture qui présentent une sélection de chansons à la mode ou les préférences du gérant de tel ou tel établissement.
Partout, des DJ invisibles rythment, c’est-à-dire : règlent, notre vie. Notre plus grand mal, ainsi, ce n’est pas la haine. C’est la peur. La peur que la muzak cesse. Et, sans céder la place au silence, que cet arrêt laisse entendre quelque chose d’audible, quelque chose que je puisse vouloir écouter.
Mon acouphènoménologie, c’est ce que je dis de ce prix à payer pour entendre. Mon acouphènoménologie, ce sont aussi tous ces moyens que je mets en œuvre pour échapper aux parasites muzakaux. Mon acouphènoménologie, c’est ce que je dis de ce que j’injecte dans mes oreilles, ces sons fragiles menacés de toute part. Mon acouphènoménologie, c’est cette coupure baladeuse (iPod et mp3 en tête) que j’installe entre l’environnement sonore et moi-même, instaurant ainsi quelque chose d’extérieur (que je n’entends plus) et quelque chose d’intérieur (que j’écoute). Mon acouphènomélogie, c’est donc une reconfiguration de l’espace comme forme a priori de la sensibilité auditive. Mon acouphènoménologie, c’est aussi ce qui a lieu quand je me tais. Mon acouphènoménologie — ou mieux, si j’ose dire : monacouphènoménologie — : un néologisme pour une nouvelle manière d’aborder le paysage sonore urbain, non pas pour se l’approprier, mais pour trouver des issues dans la cartographie muzakale qui se dessine. Penser en musique, en somme, pour tâcher d’échapper à la muzak. Tout sauf une doctrine.
Une collecte de traces, d’éléments, de souvenirs, de questions, de thèses, de théories à l’état brut, de critiques, pour tenter de survivre au destin du paysage sonore urbain. Et, sans s’en accommoder, l’intégrer comme un paramètre de la vie que nous menons, que nous pourrions mener ensemble.
François Bon, de ces musiques
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qui rentrent à ondes qui rampent entre sol et soi et soi et sol et tremble oh tremblent le dedans les viandes tremblent les yeux et dans et devant les yeux et les yeux sont dans ton dos tout est trop fort le mur même tremble ton mur et dans ton dos avance tu ris sur tes deux pieds qui glissent et le dos seul voit où tu vas c’est à reculons que devant toi le temps s’en va et les autres et leurs mains oh leurs cris tu n’entends plus à peine de loin les bouches ouvertes les gestes des mains les corps s’en vont les lumières éternuent les lumières bien sûr percussion principale et le corps entends musique le corps en tremble et les yeux secoués les couleurs sont dedans et eux là-bas qui t’appellent et que fuient les couleurs ou dans la main sueur dans le dos sueur les yeux les yeux seuls percutant la lumière les éclats sont bruits les éclats sont lumières et des doigts tu arraches et peaux et chemise et le mouvement qui te prend ondes tu ondules quel gouffre est ton risque que tremblent murs et que corps plus le sol en tremble glisse sous pieds et vite tu vas vite et nous tous on allait plus vite tu le leur dis tu cries je n’entends il n’entend mais plus de son et rien que rythme et c’est le dos qui te tire toi-même non bouche plus corps plus et le dos dans ton dos tu comprends musique fut gouffre un monde se décompose et la musique qui nous a percutés a fissuré le monde éclats ravive couleurs du monde meurent couleurs du vieux meurt le gris les membranes des hauts-parleurs vibrent dans ton ventre et sont noires et meurt le mur au-dedans meurent tous murs dedans dehors je ne reviendrai pas nous ne reviendrions jamais toi devant l’ampli tout près la tremble tu sens à corps la tremble tu sens ?
Anne Savelli, Décor III : Dita Kepler
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C’est alors, musique orientale, friction d’un tapis, d’une bâche plutôt tractée sur le plateau dans un tintement de verre, de tessons qu’on remue, c’est alors que des corps embrayent, se cambrent, se couchent. Une femme à peau nue passe, sur le bras de laquelle des escargots. Une femme ramasse un sac, une femme tout en vert et les corps s’attrapent, se dressent. Au milieu le public qui n’est plus un public, ne l’est pas devenu, ne le deviendra pas.
Un homme s’accroupit et se cale, sur le mouvement, sur la prise d’un banc dont il ne déloge personne, dont il accompagne la route, une femme en rouge le photographie. Un jeune homme déchire des pages : a saisi un journal dont il fait des rubans qu’il froisse à mesure. Bientôt une femme l’imite, en remplit un grand sac – de loin une poubelle, de près un bel objet brodé. La musique orientale s’éloigne, des onomatopées montent jusqu’aux verrières, rythme d’avant l’orage, d’avant la nuit qui tombe et pour la première fois pourrait laisser penser à la douceur du lieu.
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NUMÉRO 5 : Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard //
PRINTEMPS 2010. Mise en ligne le 21/06/2010. 42 auteurs / 135 pages
Christine Jeanney, Voyage de nuit
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NUMÉRO 6 : L’immobilité de celui qui écrit rend le monde en mouvement //
HIVER 2010. Mise en ligne le 21/12/2010. 53 auteurs / 208 pages
Pierre Ménard,
L’origine
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Scribe accroupi jamais la main qui tremble
Scribe accroupi sa peau cuivrée soleil soleil
Scribe accroupi deux beaux yeux bleus tout ronds
Scribe accroupi cheveux coupés coiffés plaqués (mais ses oreilles : décollées)
Scribe accroupi mollets cuisses et tous ses petits plis proies des fourmis tous les soirs quand il se déplie
Scribe accroupi sa femme s’ennuie
tourne autour, tourne autour
alors lui :
arrête girouette
tu me tords la tête
VA VOIR LA-BAS SI J’Y SUIS
elle vexée
exit
eux deux
Scribe accroupi
(apaisé)
(appliqué)
écrit un battement d’aile de papillon
et les eaux du Nil
petit clapotis
Scribe accroupi la crue c’est lui
Maryse Hache, ici et là (extrait)
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aujourd’hui dans tuyaux des pixels tournoie l’immobile en cerveau et corps amarrés au bois bureau
depuis bouts des doigts phalanges agiles yeux sur clavier sur écran fenêtre univers de l’écrire-lire monde
flux dans web monde lance typographie de lumière et griffes de traces noires images couleurs sonorités musique
autour les murs monde
une pièce de maison bruissante des écritures calées tranquilles aux plis des pages
grands murs de morts immobiles qui veillent vivant dans les signes
lire écrire font la ronde de l’écrire lire
lirécrire ici et là
ça danse grand jeté de blog en blog de twitt en blog de blog en twitt
et ça fait hop dans les synapses du penser
et ça fait hop dans les lignes des écritures
ça lit ici ça écrit là ça court ailleurs comme
nuages passant dans la fenêtre à balcon et embrasure au-dessus du noisetier
ou pollen dans la lumière de mars sous les tilleuls
la femme lit cette phrase : corps enfant que tu portes en avant de toi
regarde-là elle court autour
l’astre-étoile de ce petit morceau de phrase la conduit
ça a fait hop ça s’est dressé près de l’arbre
la voilà dans la course des genoux des bras du coeur à perdre souffle à trouver joie et rire
ça lui fait quel âge déjà
c’est ça qu’elle écrit

NUMÉRO 7 : Le présent n’est que la crête du passé et l’avenir n’existe pas //
PRINTEMPS 2011. Mise en ligne le 21/06/2011. 42 auteurs / 204 pages
Christophe Grossi, Traverser (extrait)
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